Journal de voyage

De la cordillère aux rives du Pacifique

CHILI ET ARGENTINE DU 42°AU 36°LATITUDE SUD

Mon quatrième voyage en Argentine et Chili avait pour but principale de découvrir certaine stations d’arbres et d’arbustes très peu installés en culture voire inexistant.

La base de départ sera San Carlos de Bariloche, ville de la Patagonie argentine, située au pied de la cordillère, sur les rives du Lago Nahuel Huapi.

Rodolphe, français, résident à Buenos Aires, sera notre chauffeur pour les 4000 kilomètres à parcourir à travers la dixième, neuvième te huitième région chilienne, ainsi que la précordillère argentine.

Premier objectif

Un premier objectif était de découvrir le Nothofagus nitida situé sur les rives du Rio Llico se jetant dans l’océan pacifique à la latitude 42° Sud.

L’île de Chiloé est très proche, la côte de l’océan pacifique sera l’objectif à atteindre. Les premières pluies, après 3 mois de sécheresse, provoquent de nombreux glissements de terrains, nous interdisant toute progression par véhicule. Nous sommes à 5 kilomètres des rives de l’océan et fort heureusement, ça et là, installé en bordure de Rio Llico, les premiers nitidaaccompagnés du Latua pubiflora, du Sophora macrocarpa et Drimys winterii var. latifolia vivent cimes et racines dans une humidité quasi permanente. Cela explique les échecs répétés de culture de ce Nothofagus en bordure littorale de la Manche ne recevant que 800 à 900mm d’eau par an au lieu des 3000mm annoncés par notre hôtelier intrigué par notre démarche. Cette région, dont l’économie s’apparente à celle des années 50 en Europe, ne reçoit que la visite des pêcheurs à la ligne de Puerto Montt.

Deuxième objectif

Le deuxième objectif était les rives du Lago Ranco à proximité de la ville de Futrono. L’automne est très avancé en ce mois d’avril, il pleut abondamment. Le Chusquea quila, au feuillage recouvert d’une fine couche de silice est bien présent sur les rives du lac. Les cannes de 2.5cm de diamètre, haut de 4 à 7 mètres, débordent généreusement sur le sable de la rive sous le poids de l’eau tombant du ciel. C’est un Chusquea puissant, non comparable aux Chusquea des sous bois de la région des lacs (X région). Après, une heure d’effort, sous une pluie battante, nous parvenons, Christian M. et moi-même, à extraire un complexe de racines et de turions, qui espérons le seront suffisant pour combler les collections botaniques de Chusquea uliginosa, valdiviana, macrostachya, gigantea et culeou… de la 11ème région en cours de diffusion.

Troisième objectif

Le troisième objectif sera le Citronella mucronata, vulnérable et en danger dans son habitat. Il est situé à l’embouchure du Rio Bio Bio, dans la 8ème région à proximité immédiate de la ville de Conception, dans la cordillère de la côte.Nous le découvrons dans la réserve de la Boca accompagné du Salix chilensis, de l’Escallonia pulverulenta et du Griselina racemosa. Un viverio de Plantas Nativa offre aux visiteurs de nombreuses plantes dont certaines sont endémiques de l’île de Juan Fernandez. A quelques encablures, en aval de l’embouchure, de nombreux Cryptomeria alba chargés de leurs baies rouges se disputent les rives peuplées abondamment de végétaux exotiques européens, Populus et Salix notamment.

Quatrième objectif

Le quatrième objectif était la région de naissance de la rivière Bio Bio, lieu d’habitation de la branche chilienne de Michel D., grand spécialiste des Quercus et amateur éclairé des plantes chiliennes, complétant l’équipe constituée de 4 amateurs de plantes. Peu d’investigation botanique sur le terrain m’a été donné de rencontrer une diversité aussi généreuse sur un territoire aussi restreint. Situés de part et d’autre d’une piste forestière, nous rencontrons progressivement Aecticon puctatum, Azara lanceolata, Podocarpus salignus, Buddleja globosa, Caldeluvia paniculata, Laurelia sempervirens, Lomatia dentata, Escallonia revoluta (haut de 8 mètres), Eucryphia glutinosa et cordata, Gevuina avellana, Hydrangea serratifolia, Nothofagus dombeyi, N. nervosa et obliqua, Luma apiculata, Persea lingue etc… Après 6 heures de marche, nous renonçons à poursuivre le chemin nous conduisant au lac situé à 1900m d’altitude. Il est agréable de signaler que notre guide local, au service de notre hôtesse, s’est montré grand connaisseur de la flore locale.

De retour en Argentine

De retour en Argentine par un col entouré d’Araucaria araucana sous la neige, nous fait découvrir le dernier objectif. Cette précordillère ne reçoit que 250 à 300mm par an de précipitations. De part et d’autre d’un lac à haute teneur en sel, siège des flamands roses, nous découvrons la flore spécifique de cette région livrée aux vents secs et violents de cette partie de l’Argentine: Renatilla ephedra, Acrisonia denticulata, Colletia spinossissima, Colliguaya intergerima seraient les principales plantes ayant retenus notre attention.

Enfin les derniers jours seront mis à profit pour observer les Fitzroya cupressoides et les Pilgerodendron uviferum dans la région d‘esquel au 43° latitude Sud et ce sera le retour à Buenos Aires à travers la Pampa pendant 19 heures de bus.

Avril 2007
Jean Merret

Plantes installées dans l'Arboretum issues de récoltes de graines

  • Aextoxicon punctatum
  • Azara lanceolata
  • Baccharis concava
  • Baccharis salicifolia
  • Blechnum chilensis
  • Corynabutilon vitifolium
  • Colliguaja integerima
  • Myrceugenia exsuca
  • Maytenus chubutensis
  • Lophosoria quadripennata
  • Cryptocarya alba
  • Drymis winteri var. chilensis
  • Embothrium coccineum var. longifolium
  • Eucryphia cordifolia
  • Salix chilensis