Journal de voyage

Lesotho, un royaume dans les nuages

Le royaume du Lesotho, enclavé dans l'Afrique du sud, est le pays le plus haut du continent africain. Le point le plus bas est situé à 1400 mètres d'altitude, le point le plus haut étant le mont Thabana Nthenyana à 3482 mètres au Nord Est. Pays d'agriculture et surtout d'élevage, seul le nord-est fera l'objet d'investigations botaniques car étant le plus haut et très peu touché par l'urbanisation. Les chemins rencontrés seront des pistes qu'emprunteront deux 4X4 indispensables pour progresser en relative sécurité.

Enfin, quatre participants dont Dominique C., l'organisateur de la logistique de ce voyage, seront très attentifs à la flore composée principalement d'arbustes et d'arbrisseaux, très souvent inconnus dans nos jardins, d'une réputation d'acclimatation capricieuse voire difficile.

Les parcs nationaux seront privilégiés car, non livrés au pâturage des chèvres aux poils longs du type cachemire, des moutons et des vaches. La présence d'un rongeur occupant une grande partie du territoire explique l'abondance du gypaete, magnifique rapace volant et planant en couple à la recherche du moindre déplacement du rat local.

Le col de Malika Lisiu (3090m) laisse apparaître les nombreuses vallées sous un orage violent. La précipitation moyenne est de 1000m/m l'an et peu aller au delà au nord-est sur les hauteurs. Nous sommes au niveau du parallèle 28°40'' et les étages situés entre 2200 mètres et 3200 mètres feront l'objet d'une constante attention par les membres du groupe plus à l'aise dans la jungle asiatique qu'en cette succession d'arbustes en bouquets abondamment fleurit en ce mois d'avril, début d'automne austral.

Les très nombreuses touffes de Merymuellia macowani animent le sol d'apparence alpine. Les toitures des cases circulaires et des constructions du Parc sont recouvertes d'une épaisse couche de cette graminée à la tige raide et robuste. La descente du col vers la succession des retenues d'eau en contrebas se termine à 2200 mètres, hauteurs habitées particulièrement du Leucosidea sericea, arbuste de 2,5 à 3 mètres de haut, au tronc noir, crevassé, se desquamant volontiers et au feuillage quelque peu argenté, très denté, comparable au Buddleja glomerata récolté par mes soins le lendemain des premières élections libres du 14 avril 1994 dans la région du Cap.

La situation exceptionnelle du Lesotho, enclavé dans l'Afrique du Sud en déficit permanent d'eau, est le réservoir de la quasi totalité du nord-est de ce pays et plus particulièrement de Joannesbourg et de Pretoria. Avec l'eau, les diamants et l'élevage sont les principales ressources de ce royaume.

Le second parc national de Sehlabathebe, en ce mois de fêtes pascales, est traversé par de nombreux sud africains de souche européenne profitant de quelques jours pour investir les pistes, en convoi, à la recherche d'une tranquillité d'esprit pas toujours présente dans l'ancien pays de l'apartheid. La jeune population locale, mains tendues, quémande par geste, pièces et friandises. Je reste perplexe devant cette succession de gamins bordant les entrées des villages, sollicitant par gestes et hurlements, la générosité des vacanciers et pseudo-européens. Les fonds de vallée se dessinent par la présence du Salix mucronata avec ses deux espèces woodi et capensis, parfois entrecoupé du Salix babylonica et du Populus X canescens jugé invasif et n'ayant rien à faire dans ce paysage épuré de tout arbre dépassant 6 mètres de haut. Le Gunnera perpensa partage les rives des ruisseaux avec les Scirpus ficinoides et Carex zuluensis, tandis que la massette locale colonise, sans retenue, le plan d'eau bordé du Salix mucronata ssp mucronata. Le parc, le plus éloigné du pays, est une véritable petite merveille dans cet environnement non habité, bordé de montagnes à la silhouette hachée, peu fréquent dans ce pays où les lignes sont pratiquement toujours douces et verdoyantes.

La mission Saint James, possédant église, écoles, lycée, couvent, lodge et terrain de sport, offre peu d'intérêts aux botanistes amateurs. Sans tarder, le lendemain de l'étape, nous envisageons de descendre le Sani pass en empruntant le col de Kutisephola Pars (3240m). Les bergers emmitouflés dans leur couverture, visage caché par la cagoule en laine, bottés, montant de petits chevaux de montagne, surveillent les troupeaux disséminés. Le col est le passage obligé de l'ensemble des bergers empruntant les nombreux sentiers dans ce col tout en longueur, froid sous le brouillard, battu par les vents d'altitude et principalement occupé par un arbuste rappelant notre romarin appelé Macowania sonoris, haut de 1,5 mètres. Il est a noter que la température la plus basse observée au refuge du col se situait à -20° et que les -10 à -15° sont des températures observées annuellement. La descente du Sani pass est une véritable surprise. Sans trop s'attarder sur les sénécios gris dominant les premiers 100 mètres de descente, nous nous arrêtons, posant pied à terre, l'ensemble des regards accompagnant successivement les Protea roupelliae suivi par la Dracomontana et plus bas la Caffra. Les dernières fleurs restantes subjuguent un membre se promettant d'envisager une multiplication végétative fort probable me semble-t-il. Elsa Pooley, dans sa préface de son ouvrage sur le guide de la flore du Darkensberg et du Lesotho souligne l'exceptionnelle richesse botanique du chemin débouchant au col. La suite est une succession de découvertes.

Leucosidea sericea, à 2700 mètres, Phylica paniculata, Rubus hidwigii, Suherlandia montana, Geranium pulchrum, d'un gris luisant, Buddleja salvifolia et saligna et j'arrête là l'énumération sur le Podocarpus falcatus, haut de 10 mètres surmontant un rocher bordant une piste bloquée par le Defender 4X4 en panne. Nous poursuivons à pied le chemin, tandis que Dave, notre chauffeur et guide, assisté de Hope, colonel en retraite de l'armée sud africaine, ancien logisticien, abonde de conseils, notre Dave, devenu brusquement nerveux par la perspective de ne pas trouver la pièce pouvant lever l'indisponibilité de la traction en quatre roues motrices. Nous sommes dans le Drakensberg, la végétation indigène est sérieusement concurrencée par la végétation exotique d'origine australienne: Acacia dealbata, Eucalyptus calmadalensis, européenne: Populus X canescens,Quercus penduculata, américaine: Quercus rubra, sans oublier l'éternel Salix babylonica d'origine asiatique. Une percée vers la rupture entre le plateau montagneux du Lesotho et les contreforts du Drakenberg, nous révèle la présence duThamnocalamus tesselatus, présent près des cours d'eau, sans oublier Cussonia paniculata et Cyathea dregrei dégageant nettement leur silhouette dans cette prairie occupée dans son temps par les bushmens et actuellement par les babouins furieux de ces hommes traversant leur territoire sans crier gare.

La dernière étape et pas des moindres sera la vallée menant au pied du Mont aux sources et du grand amphithéâtre (cirque glaciaire). Probablement, l'un des lieux demeuré intact au Lesotho, décrit comme pur, isolé et d'une grande beauté. Le temps semble être suspendu au village Basotho de Mocaraneng. La vie rurale se déroule en harmonie avec l'environnement. La moisson de blé, en ce mois d'avril, est assurée par l'ensemble des hommes et des femmes du village au rythme des chants rappelant les chants des marins assurant les manoeuvres au bord des voiliers anciens. Les jeunes femmes, en ce dimanche de Pâques, interpellent Marie, jeune fille du village, guide salariée de la deuxième mine de diamants de l'Afrique du Sud, propriétaire du lodge d'accueil, sur la présence de ces trekkeurs curieux de la vie locale et de l'environnement botanique. Malicieusement, les jeunes femmes nous entrainent vers un raccourci exigeant assurance vers une pente que seuls les randonneurs avertis peuvent assurer sans montrer de défaillance. Une chute aurait fait la joie des plus espiègles. Il n'en fut rien et les applaudissements, cents mètres plus bas accueillent le plus âgé d'entre nous. Durant les 8 heures de marche en sentier, nous avons pu reconnaître le Diospyros austroafricana, arbuste de 2 mètres de haut, reconnaissable dans cet univers de touffes arbustives, le Diospyros lycoides très proche du précédent, déjà présent dans certains jardins littoraux de Bretagne, le Papaver aculeatum, légèrement plus petit que le notre européen de couleur orange. L'Artemisia afra dominant des pans entiers de pentes.

C'est la fin de cette première partie de voyage qui aura surpris agréablement l'ensemble des membres plutôt habitués à la jungle asiatique qu'à la grande diversité d'arbustes et d'arbrisseaux caractérisant le Lesotho.

La côte des salines, des dunes et du désert Namibien

Au 270°, plein ouest, la côte namibienne sera la suite de ce périple de l'Afrique du Sud. Windhoek, capitale de l'ancienne colonie allemande sera le point de départ vers le littoral atlantique. Ce voyage, demandé par un membre précisément absent pour cause d'incapacité physique, était destiné à repérer et découvrir cette plante faisant l'objet de nombreux reportage. A ce jour, les scientifiques continuent les observations tendant à découvrir ses caractéristiques. Welwitschia mirabilis, puisque c'est le nom attribué à cette plante réellement curieuse. Le guide namibien, chauffeur de 4X4, partage son inquiétude sur la fragilité du désert. Le circuit proposé par ce dernier tient compte de cette observation. Après un dédale entre massifs rocheux en lente dégradation liée aux conditions météorologiques et à l'hygrométrie élevée de l'air, nous nous engageons en fond de rivière asséchée – il n'a pas plu depuis 2006 – pour repérer plantes et minerais caractérisant le région de l'ouest, située à 30 kilomètres de Waldis Bay, seul port d'accès au cargo sur la rive ouest de l'Afrique du Sud.

Un premier constat: les 6 millimètres de précipitations annuelles ne peuvent en aucun cas justifier la relative abondance de végétaux spécialisés. Le brouillard journalier en fin de soirée envahissant la zone côtière – choc thermique entre le courant d'eau froide descendant la côte vers le sud et l'air chaud terrestre - permet à ces plantes de capter l'eau nécessaire pour leur survie. C'est ainsi, l'énumération suivante citée dans l'ordre d'apparition permettra aux lecteurs d'avoir une petite idée de la nature de ces végétaux parfois liliputiens. Commençons par le genre Argyroderma et Tanquana, plante caillou de quelques millimètres, groupée sur trois centimètres de diamètre, difficilement décelable aux gens non avertis. Ces mini végétaux s'ouvrant en deux pour laisser apparaître une tige florale. Leur environnement, une roche ferreuse, couleur basalte, dégageant un son caractéristique de fer au contact avec une autre pierre. Une graminée du genre Stipagrostis ciliata, étonnante par la fraicheur de ses feuilles surmontées d'une tige se terminant par un épis duveteux. Les larges plaques de Brownanthus kuntzei, rappelant le salicorne de nos rivages pré salé, piège le sable toujours en mouvement dans ce désert. Le magnifique Commiphora glaucescens à la tige boursouflée, rappelant le bonzai, étalé au pied d'une roche volcanique en décomposition, dégage un parfum rappelant le Zanthoxyllum. L'Arthraerua leubnitriae, grosse touffe de fleurs minuscules aux extrémités des rameaux en fleurs toute l'année, d'un vert sombre se détache avec la couleur gris rose de l'environnement. L'Adenolobus garipensis à la silhouette élancée tranche avec les étalement successifs de l'ensemble de la flore du désert. L'Acanthosicyos horridus aux branches épineuses sans feuilles apparentes offre aux visiteurs et bushmens un fruit rond dont les pépins sont grandement appréciés et comparable à l'arachide.Welvitchia mirabilis, je rappelle au lecteur que le déplacement du petit groupe était motivé par la découverte de cette plante désirée par un membre défaillant, ayant causé un déplacement aller retour de 6 heures de vol, 8 heures de route, un nouveau plan de vol pour le rapatriement pour cause de poussière volcanique supposée altérer les réacteurs des avions le ligne, étale ses longues lanières sur 4 mètres et plus à partir d'une émergence de tronc rappelant un section de stipe. Fleurs mâles, fleurs femelles s'élèvent au dessus du stipe, tels les cônes de pins. Il en resterait cinq cents environ, déclare Egon, namibien d'origine germanique depuis quelques générations et agréablement surpris par l'avalanche de questions posées par les uns et les autres. L'endroit concerne une vingtaine d'exemplaires, ayant dit-il, quelques centaines d'années (500 précisément) pour les plus vieux et cinquante ans pour les plus jeunes. Certains sujets peuvent atteindre 2000 ans voire plus. L'humidité de l'air moite, salée, comparable à la zone côtière de Dakar en période d'hivernage permettait, toujours pour Egon, à la plante de capter l'eau nécessaire à sa survie au moyen de ses feuilles en longue lanière, nécrosées aux extrémités et ayant une durée de vie de la plante. Curieuse plante, n'appelant pas d'attention particulière autre que sa forme étalée lui permettant de capter l'humidité de l'air nécessaire à sa survie. L'Euphorbia virosa, magnifique euphorbe de 2,5 mètres de haut, ayant pris possession de la base d'une falaise de 15 mètres de haut, magnifique monument vivant de plus de 100 ans d'âge très apprécié des bushmens qui enduisent les flèches de leurs arcs de la sève blanchâtre s'écoulant d'une piqure d'épines. Cette sève est connue pour son extrême toxicité. L'Aloe dichotoma, emblème de la Namibie en piteux état après le passage de nombreux babouins, irrite encore Egon à la vue des Aloé déchiquetés, haut de 3 à 5 mètres sur un tronc unique. Enfin, quelques arbres vigoureux se sont installés dans le lit de la rivière à sec depuis 4 ans: Le Tamaris usneoides, très à l'aise dans ce lit , tout comme le Tamaris gallica relativement fréquent dans certaines zones du Sahara, l'étonnant Euclea pseudebenus rappelant un Podocarpus tortueux haut de 8 mètres rivalise avec l'Acacia erioblola dominant dans cette section de lit de rivière malheureusement très concurrencé par un acacia nord américain partageant l'espace avec par le Nicotinia glauca, sud américain et toujours prompt à s'installer sur tous les continents. Plantes invasives du type alien, il conviendrait de mettre de l'ordre dans ce joyau de la botanique que constitue cet apparent désert se révélant très riche dans sa diversité botanique, minérale et peut être animale.

Une menace se précise pour l'habitat de l'homme et des végétaux, les dunes de sables remontant de la côte du sud approchent de 15 mètres par an. Déjà la voie ferrée reliant Winbhoek à Waldis Bay a été fermée car partiellement ensevelie sous 8 mètres de sable poussés par les vents du sud-ouest soufflant de l'Afrique du sud. Ce sera la fin de ce compte rendu, écrit en attendant patiemment la levée de l'interdiction de vols européens, nous permettant d'accéder à l'hémisphère nord au delà du Tropique du Capricorne.

plantes installées dans l'Arboretum issues de récoltes de graines

  • Leucosidea sericea
  • Salix mucronata ssp woodii
  • Merymuellia macowani
  • Olea europeana ssp africana
  • Celtis africana